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décembre 07, 2018

Le guidage touristique au Maroc : un métier en quête de statut

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L’activité du guide touristique, est-elle un vrai métier ou une simple fonction ? S’agit-il d’un ou de plusieurs métiers ? Derrière la diversité des titres et la variété des contextes, peut-on dégager une même identité professionnelle ?

 

Le guide touristique, qu’il soit guide des villes et des circuits touristiques ou guide des espaces naturels, joue un rôle clé dans la valorisation et la préservation du patrimoine naturel et culturel du Royaume. Il représente son pays et joue le rôle d’ambassadeur culturel de la destination auprès des touristes. Son accueil, sa présentation, ses compétences, son savoir-faire... seront déterminants pour que le touriste se sente le bienvenu, ait l’envie de séjourner plus longtemps et même ait l’envie de revenir.

Aujourd’hui, la différenciation et la pérennisation du produit touristique national passe obligatoirement par la qualité. Cet enjeu majeur concerne toute la chaine de valeur touristique et se traduit par des enjeux de professionnalisation au niveau de l’ensemble des métiers de cette chaine dont le métier de guide touristique fait partie intégrante.

A l’instar des autres maillons de la chaine de valeur touristique, le guidage touristique évolue dans un contexte en mutation constante caractérisé par une globalisation des marchés, une plus grande diversité des produits et des services touristiques ainsi qu’une intensification de la concurrence. Ces différents enjeux placent le guide face à des défis et à des responsabilités multiples et variés. Il est le repère privilégié des clients et voit sa responsabilité renforcée même en cas de défaillances qui ne lui incombent pas. Par exemple, il n’est pas responsable des problèmes organisationnels de l’aéroport, ni du mauvais accueil à la réception d’un hôtel, ni des erreurs commises par un agent de voyages sur la conception d’un programme. Cependant, en étant le compagnon privilégié du client, il recueille l’insatisfaction et doit très souvent l’assumer seul.

Le métier de guide touristique, bien qu’« ancestral », est un métier récent au Maroc. Il a connu son plein essor avec l’émergence du tourisme dans les années 70. Faute de prérequis, de formation ad hoc, d’encadrement…, les guides ont improvisé à l’instar des autres acteurs du secteur à l’époque. Ils se sont formés et appris le métier sur le tas. Par amour du métier, par obligation ou par émulation, les guides se mettaient à jour pour répondre aux attentes et aux exigences de leurs clients. Cette initiative individuelle et autodidacte est encore en pratique aujourd’hui, bien qu’une une formation initiale et continue soit mise en place par le Ministère de tutelle.

Ce métier s’est petit à petit structuré au fil des années, notamment grâce à l’instauration d’un arsenal juridique réglementant la profession. Ce dernier a joué un rôle majeur dans la structuration du métier et dans la mise en place de garde-fous contre l’anarchie, les abus et l’injustice. Toutefois, la législation a ses limites et ne pourra, par sa seule vertu, rendre tout le monde compétent, effacer les erreurs humaines et embrasser exactement ce qui est le meilleur et le plus juste pour tout le monde.

Bien que l’usurpation du titre de guide soit passible de poursuites pénales pouvant aller jusqu’à des peines d’emprisonnement, les guides subissent une concurrence intense et déloyale de la part des « faux guides » et des prestataires de services qui s’octroient des fonctions de guide alors qu’ils n’y sont pas autorisés. Cette concurrence peut provenir de tout individu parlant une langue étrangère et ayant une vague connaissance de la ville ou du site visités, mais également de chauffeurs de taxis, de conducteurs de calèches, de bazaristes, d’herboristes…

Tous ces concurrents ont pratiquement les mêmes défenses : « Ce ne sont pas des clients mais des amis ! ».

 

L’activité du guidage touristique est sans doute une des pierres angulaires du secteur du Tourisme. Mais au-delà des mythes, la réalité de ce métier est bien différente de l’image qui en est souvent véhiculée. La profession souffre d’une certaine précarité et d’un manque de reconnaissance dus à des maux internes et à des facteurs externes qui empêchent l’implication des professionnels du guidage touristique dans la traduction des stratégies de développement touristique sur le terrain.

 

La majorité des guides ont le sentiment profond que leur activité est précaire et peu reconnue. Ils pointent du doigt différents points pesants et ont le sentiment que leur profession est chronophage, mal structurée, saisonnière, peu rémunératrice, pénible, stressante et sans aucune sécurité professionnelle. En outre, ils estiment que leur métier ne permet pas de gagner leur vie et que c’est une activité dont l’avenir est plus que compromis.

 

Toutefois, une minorité lui reconnaît un caractère valorisant et considère le métier comme une passion et une source de rencontre qui permet de travailler dans des lieux magnifiques, un aboutissement mais aussi un départ, un métier enrichissant et un accomplissement personnel. Aussi, elle le voit comme un métier de médiation et de partage, basé sur l’échange et l’ouverture sur les cultures du monde et comme une activité qui contribue au développement touristique du territoire.

 

L’évolution du secteur touristique, les potentialités transversales et les opportunités diverses qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’évolution du métier de guide dans le monde et ses exigences toujours plus élevées…sont des défis majeurs qui interpellent la profession et face auxquels elle est quasiment impuissante et démunie à l’égard de la situation critique où elle se trouve.

 

Le défi de la promotion et de la professionnalisation du métier de guide passe, entre autres, par l’accès et l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Internet, GPS, Smartphone…). Pourtant, la majorité des guides, notamment les guides des espaces naturels, se sentent dépassés par ces ressources qui sont de fait une source d’information et de documentation incontournable qui complète et enrichit leur travail et leur permet d’accéder à des millions de documents, d’images, de vidéos,…sur les sujets les plus divers. La profession est ainsi appelée à tirer profit de ces outils qui contribuent largement dans la promotion et au développement du métier à tous les niveaux.

 

Cet état de fait est d’autant plus inquiétant que les orientations stratégiques de la Vision 2020 placent la fédération face à des défis en matière de restructuration et de mise à niveau qu’elle se doit de relever sans échec par elle-même, dans un esprit de solidarité, et pour elle-même, dans le respect de ses principes et ses valeurs et des particularités de son activité qui a l’avantage d’être réglementée et donc plus ou moins protégée.

 

On n’est plus aux temps des guides qui improvisent leur dialogue et l’enrichissent d’anecdotes personnelles ou qui récitent un texte appris par cœur qui ne leur appartient pas. L’avenir de la profession ne suppose pas un repli sur soi. Ce métier noble doit évoluer et surtout s’organiser pour répondre d’abord aux attentes des guides eux-mêmes, aux attentes des instances publiques, de la population locale ainsi qu’aux attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante en termes de connaissances, de qualité et de sécurité.

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